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SonoritÚs, chronique de la chose entendue

SonoritÚs n░6  : Ecologie sonore Technologies Musiques

Introduction - Roberto Barbanti

        Ce sixième numéro de Sonorités est consacré à l’étude du rapport entre l’écologie sonore et les technologies du son. Cette problématique, malgré son indéniable actualité, a été rarement approchée d’une façon directe. En effet, il est question de thématiser d’une part la définition de la notion d’écologie sonore et d’autre part d’identifier les apports, les enjeux et les conséquences que les technologies, notamment celles direc- tement impliquées dans l’univers des sons, ont eu ou peuvent avoir sur cette recherche d’équilibre sonore et d’écoute du monde. Cette double question pose un nombre important d’interrogations dont la maîtrise demande des compétences multiples ainsi qu’un véritable travail de réflexion interdisciplinaire et cela explique dans une très large mesure le manque d’une littérature établie et de référence sur le sujet ainsi que les difficultés à l’investir et à le traiter frontalement.
        Nous avons donc relevé ce défi en essayant d’y apporter des réponses à partir des compétences de plusieurs chercheurs dans des domaines disciplinaires différents (écologie, informatique, physique, acoustique, sociologie) et en interrogeant les compositeurs et les artistes afin de faire parler leurs œuvres et de les stimuler dans cette réflexion en s’ap- puyant sur leur expérience directe de création.
    En ce qui nous concerne, le constat théorique duquel nous sommes partis était simple : les technologies électro-acoustiques (téléphone, radio, disque, magnétophone, baladeur numérique, etc.) ont changé non seulement notre relation aux sons, mais d’une façon beaucoup plus générale notre relation au monde. En effet, les canaux de transmission spatio-temporelle, comme la radio et le magnétophone, ont permis pour la première fois dans l’histoire de l’humanité de disposer du monde sonore, c’est-à-dire l’univers acoustique de la vibration. Or, toute forme de vie renvoie à une dimension vibratoire, c’est pourquoi le son, en termes d’évolution de notre espèce, est la modalité sensorielle la plus apte à nous donner une perception globale et immédiate de l’espace environnant et des présences dynamiques qui l’occupent ainsi qu’une ouverture et une disponibilité réceptives presque permanentes. Le pou- voir de disposer des sons joue un rôle fondamental dans la maîtrise de la communauté humaine et de son milieu : tous les pouvoirs ont tou- jours élaboré des stratégies de contrôle sonores (parole, émissions vocales, signaux, musiques). Disposer des sons, autrement dit avoir la faculté de les stocker, de les transmettre et de les manier, correspond donc à une rupture anthropologique majeure.
        Les technologies du son ont changé en large mesure notre relation à l’espace, au temps, au milieu physique et social ainsi qu’à notre propre imaginaire. Toute écologie, mais il faudrait parler plutôt d’écosophie, c’est-à-dire d’un rapport équilibré à la nature, à la communauté humaine et à son propre psychisme, ne peut pas faire l’économie d’une réflexion concernant l’impact et les conséquences de ces technologies sur les équilibres inhérents à ces rapports.
        À partir de ces constats, nous nous sommes posé plusieurs questions. Quel rôle jouent ces technologies sur l’écologie sonore et comment l’écologie du son, voire l’approche écologique globale, peut ou doit s’en approprier, les orienter ou les refuser ? S’agit-il d’une conflictualité ou d’une complémentarité ? De quelle façon les technologies électro-acous- tiques modifient notre vie, notre environnement, notre quotidien ? Comment influent-elles sur notre comportement en rapport aux sons et aux modes de percevoir et d’écouter ? Comment analyser et com- prendre l’artificialité des sources sonores ainsi que celle des dispositifs d’amplification et de diffusion par rapport à notre existence quoti- dienne ? Quel rôle joue ou peut jouer la création, dans son rapport avec les technologies, pour une écologie sonore ?
        À ces interrogations, qui restent largement ouvertes, des multiples réponses ont été apportées par les artistes et les chercheurs qui ont répondu à notre appel. D’une façon directe ou indirecte, chaque inter- venant les a thématisées et développées faisant état des recherches, com- pétences ou dynamiques de création qui lui sont propres. Il en résulte un cadre générale diversifié, riche et en pleine évolution.

Couverture, SonoritÚs N░ 6